ALTER AGRI - LAPINS

Engraissement du lapin au pâturage:
ateliers de modélisation participative sur les pratiques

Dans le cadre du projet CUNIPAT mettant en partenariat l’INRA, l’IUT de Perpignan, l’ITAB et les cuniculteurs de l’association des éleveurs de lapin bio français (AELBF), plusieurs ateliers participatifs utilisant un simulateur d’ingestion et de croissance de lapin au pâturage ont eu lieu chez des éleveurs.


Aujourd’hui, aux dires des acteurs de la distribution, l’offre en viande de lapin biologique est largement inférieure à la demande. Cette situation s’explique par un nombre très restreint de cuniculteurs en agriculture biologique (AB) (environ 30), et ce, bien que la pratique de la cuniculture en AB soit ancienne (env. 1980). Malgré cette ancienneté, très peu de références zootechniques, agronomiques et économiques sont disponibles sur la cuniculture en AB. En conséquence, les banques sont parfois hésitantes pour soutenir les projets d’installation, et pour les éleveurs déjà installés, il peut être difficile de faire évoluer leurs pratiques sans idée a priori des conséquences des évolutions mises en place. CUNIPAT est le premier projet de recherche pour appuyer le développement de cette production.

Patulap’ : simulateur de conduite
Le simulateur Patulap’ a été créé à destination des éleveurs et des conseillers agricoles. Il simule des scénarios de conduite technique des lapins à l’engraissement au pâturage. Son utilisation vise à stimuler des discussions entre éleveurs sur la conduite technique de l’engraissement en élevage cunicole biologique dans le cadre d’ateliers collectifs de modélisation participative. Il existe deux variantes du simulateur en fonction du type de logement des lapins : en cages mobiles et en parcs.
Le simulateur Patulap’ représente les interactions entre le climat, la production fourragère, l’ingestion et la croissance du lapin, sa mortalité et la conduite technique de l’éleveur (figure 1).


Les informations à renseigner pour faire fonctionner le simulateur renvoient à ces différents processus :

  • l’évolution du climat sur la période d’engraissement notamment en termes de température,
  • l’état initial du lapin et son état à la vente notamment en termes de poids vif,
  • l’alimentation du lapin notamment sa complémentation,
  • l’herbe offerte et le chargement au pâturage,
  • la mortalité de la bande de lapin,
  • la valorisation économique via le prix des aliments et de la viande de lapin.

Le simulateur fournit 2 types de résultats :

  • des résultats agronomiques et zootechniques par semaine d’engraissement notamment l’ingestion au pâturage du lapin, le taux d’utilisation de l’herbe et la croissance du lapin,
  • des résultats économiques, principalement la marge brute (sur le coût alimentaire seulement) de la bande de lapin en incluant ou pas le coût d’élevage des lapins morts en cours d’engraissement.





Figure 1: Informations à renseigner, flux d’informations et résultats fournis par le simulateur Patulap



Trois ateliers collectifs de modélisation participative ont été organisés avec des éleveurs de lapins biologiques afin de tester la capacité du simulateur Patulap à stimuler des discussions entre éleveurs sur la conduite technique de l’engraissement en élevage cunicole biologique; un à l’IUT de Perpignan, et deux autres chez des éleveurs en Mayenne et dans les Côtes d’Armor. En tout, 7 agriculteurs ont participé aux ateliers.
Après une présentation de son exploitation par l’exploitant qui accueillait l’atelier, le fonctionnement du simulateur était présenté rapidement. Puis, les éleveurs construisaient des scénarios de conduite technique des lapins à l’engraissement au pâturage en adaptant l’offre en herbe, le chargement au pâturage, la complémentation, l’âge au sevrage, la mortalité, etc. Ces scénarios étaient simulés et leurs performances étaient ensuite discutées collectivement pour éventuellement modifier les scénarios testés ou en faire émerger de nouveaux.


Exemple de simulations en conditions d’engraissement en parc
La figure 2 présente une succession de simulations réalisées lors d’un atelier avec Patulap pour des conditions d’engraissement en parc. Le premier scénario représente la situation actuelle de l’éleveur, lequel souhaitait améliorer la valorisation de ses prairies au pâturage pour réduire ses coûts alimentaires. Aussi, pour le second scénario, cet éleveur a choisi de diminuer la part d’aliment complet distribué de 90g/j à 60g/j. Les résultats indiquent une diminution du Gain Moyen Quotidien (GMQ) de 30,2g/j à 28,5g/j ainsi qu’une diminution de la marge brute (MB) de 1€40. Mais la part d’herbe dans la ration augmente de 30 à 50%. Ensuite cet éleveur a essayé de supprimer complètement l’aliment complet. Le GMQ est alors descendu à 25g/j et la MB à 18€80 par lapin, performances jugées trop faibles par l’éleveur. Dans le 4ème scénario, l’éleveur a ainsi simulé une distribution de 20g/j de concentré afin de sécuriser ses performances zootechniques et économiques. Le GMQ a augmenté légèrement à 26,7 g/j et la MB à 20€ par lapin, la part d’herbe dans la ration est passée à 77%. Pour le dernier scénario, le chargement a été réduit de 25 à 10 m²/lapin. Les résultats n’ont pas évolué par rapport à la simulation précédente. L’éleveur en a ainsi conclu qu’il pouvait diminuer l'apport d'aliment granulé complet et réajuster son chargement.





Figure 2: Succession de scénarios simulés par un éleveur



Pertinent pour la recherche et pour les éleveurs

Du côté des chercheurs, ces ateliers ont permis de tester des scénarios de conduite technique des lapins à l’engraissement au pâturage et surtout de vérifier la vraisemblance des résultats des simulations. Ils ont aussi permis d’apprécier l’intérêt que les éleveurs portent au simulateur, d’obtenir leurs avis et leurs pistes d’améliorations.
Dans l’ensemble les éleveurs ont trouvé le simulateur utile et comptent l’utiliser. Certains éleveurs ont suggéré que Patulap’ puisse être utilisé en routine pour adapter les pratiques à chacun des lots au fil des saisons. Une éleveuse trouve l’outil particulièrement intéressant pour aider à la gestion de plusieurs lots d’engraissement simultanés.
Patulap’ est donc pertinent par rapport aux objectifs que les éleveurs souhaitent atteindre tels que réduire les coûts alimentaires par une meilleure valorisation de l’herbe ou avoir un engraissement le plus court possible afin de libérer les parcs le plus tôt possible, ceci dans une optique d’efficacité. De plus, son utilisation stimule les échanges et le partage de connaissances entre éleveurs sur la diversité des pratiques d’engraissement des lapins au pâturage.

Suite à ces ateliers il est envisagé d’étendre le simulateur à l’ensemble de la carrière du lapin en prenant en compte la phase pré-sevrage. Enfin, une piste d’amélioration à considérer serait de prendre en compte les races de lapin car elles sont susceptibles d’influencer fortement les croissances.



Remerciements
Les auteurs remercient l’ensemble des éleveurs pour leurs participations aux ateliers ainsi que pour nous avoir chaleureusement accueillis chez eux. Les auteurs remercient également Maryn Descombes, Audrey Duprat, Jean-Pierre Goby et Héloïse Legendre pour la collecte des données lors des essais conduits sur le pâturage de lapins bios, données indispensables au développement du simulateur Patulap. Ce travail bénéficie du soutien du projet Casdar complémentaire Lapin Bio, du métaprogramme INRA GISA (projet PROF), du département INRA PHASE (projet MarkPast) et du programme INRA AgriBio 4 (projet CUNIPAT).


















La revue de l'ITAB consacrée aux techniques de l'AB

Des articles en ligne sur les techniques et la recherche en AB  sur toutes les filières rédigés par les acteurs du réseau



Octobre 2017

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Auteurs :
Louise JOLY1,2,
Thierry GIDENNE2
Guillaume MARTIN1

1 : AGIR, Université de Toulouse, INPT, INP-PURPAN, INRA, 31320 Auzeville, France
2 :GenPhySE, Université de Toulouse, INRA, INPT, ENVT, Castanet Tolosan, France

Photos : T. Gidenne


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